La contestation contre le projet de ligne très haute tension entre le Gard et Fos prend une nouvelle dimension. En Camargue et en Crau, plusieurs agriculteurs dénoncent la manière dont sont menées les opérations de repérage et d’inventaire sur leurs terres. Ils accusent des représentants mandatés par RTE d’exercer une pression insistante, voire de chercher à les déstabiliser, alors qu’ils ont clairement fait part de leur opposition à l’accès à leurs parcelles.
Trois exploitants agricoles ont déposé ou envisagent de déposer plainte pour harcèlement moral à la suite de visites réalisées sur leurs propriétés. Ces démarches interviennent dans un contexte déjà tendu, marqué par le refus de nombreux agriculteurs de voir s’installer une nouvelle infrastructure électrique dans des territoires agricoles, naturels et patrimoniaux particulièrement sensibles.
Parmi les personnes concernées figure Carole Guintoli, rizicultrice arlésienne, qui a déposé plainte en ligne et effectué un signalement auprès du procureur de la République. Elle relate la venue, sur sa propriété, de deux personnes mandatées par RTE, accompagnées d’un huissier et de son assistante. Selon son témoignage, ces personnes lui auraient demandé si son opposition aux visites sur ses parcelles était toujours d’actualité et si cette position était définitive.
Pour l’agricultrice, cette démarche ne relève plus d’un simple échange d’information. Elle estime subir une pression « injuste » et « injustifiée », alors que sa position et celle d’autres exploitants sont connues depuis plusieurs mois. Les agriculteurs concernés rappellent qu’ils ne refusent pas le dialogue, mais qu’ils contestent les méthodes employées et la multiplication de visites qu’ils considèrent comme intrusives.
Des exploitants qui se sentent fragilisés
Stéphan Bonistalli, exploitant agricole du domaine de Bouchaud, a lui aussi porté plainte après un incident survenu dans la nuit du 21 au 22 juillet. D’après son récit, son épouse aurait découvert la présence de personnes sur la propriété vers une heure du matin, alors qu’elle rentrait d’un spectacle organisé aux arènes. Pensant être confrontée à des voleurs, elle aurait constaté que ces personnes étaient passées au-delà d’une barrière et d’un panneau signalant une propriété privée.
L’exploitant affirme que les visiteurs ont indiqué disposer d’un arrêté, sans toutefois le présenter immédiatement. Dans une exploitation agricole, particulièrement lorsqu’elle est située dans un espace vaste et isolé, la présence nocturne d’inconnus peut être vécue comme une intrusion et susciter un profond sentiment d’insécurité. Pour les agriculteurs, la question ne porte donc pas uniquement sur l’existence d’autorisations administratives, mais aussi sur les conditions concrètes dans lesquelles les interventions sont réalisées : horaires, information préalable, identification des personnes présentes et respect des lieux.
Guillaume Meiffre, coprésident de l’Association de sauvegarde des terres de Crau et Camargue, dénonce également une situation qui, selon lui, risque d’aller vers l’affrontement. Cet oléiculteur, qui exploite des terres à Arles et travaille comme moulinier à Saint-Martin-de-Crau, indique avoir lui-même reçu la visite de représentants mandatés par RTE le 31 juillet. Il envisage à son tour de déposer plainte et appelle les personnes qui se sentent menacées ou intimidées à faire de même.
Au-delà des faits rapportés, c’est le sentiment d’être traité comme un obstacle que les exploitants dénoncent. Certains disent avoir eu le sentiment d’être considérés comme des délinquants alors qu’ils défendent leurs terres, leur activité professionnelle et un modèle agricole directement lié aux équilibres écologiques de la Camargue et de la Crau.
Le cadre des arrêtés préfectoraux contesté
Les agriculteurs ne contestent pas seulement la présence d’agents sur leurs parcelles. Ils s’interrogent également sur la portée exacte des arrêtés préfectoraux invoqués pour autoriser l’accès aux propriétés privées. Selon eux, ces textes permettent la réalisation d’études et d’observations nécessaires à l’instruction du projet, mais ne sauraient justifier des visites destinées à les convaincre, à rouvrir une négociation ou à exercer une forme de pression sur les propriétaires.
Cette distinction est essentielle pour le collectif THT13/30. Une autorisation administrative d’accès ne peut pas être interprétée comme un blanc-seing permettant d’entrer sur une propriété sans tenir compte du contexte, des refus exprimés ou des conditions de sécurité et de respect des personnes. Dans un territoire où l’activité agricole repose sur une organisation quotidienne complexe, l’accès aux parcelles doit être préparé, clairement expliqué et réalisé dans un climat de confiance.
Face à la montée des tensions, le collectif appelle à la suspension des pratiques vécues comme intimidantes et à l’ouverture d’un véritable dialogue public. Celui-ci ne peut pas se limiter à informer les habitants une fois les grandes orientations arrêtées. Il doit permettre d’examiner les alternatives, de mesurer les impacts réels du projet et de garantir que les agriculteurs, les riverains, les associations et les collectivités locales puissent participer pleinement aux décisions.
À Arles, l’Association de sauvegarde des terres de Crau et Camargue prévoit par ailleurs l’ouverture d’un local d’information et de sensibilisation au 71, rue Portaguel, afin d’accueillir les habitants, de recueillir les témoignages et de mieux informer la population sur le projet. Une nouvelle mobilisation est également annoncée pour le mois de septembre.
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